Le pilotage pour relier et réussir


                                                

 

1.1  Rechercher l’efficacité de l’établissement

Mener et parfois ramener à bon port


Les pratiques de gestion de l’établissement et son efficacité.

Il est reconnu que l’autonomie et la capacité d’adaptation avec laquelle l’établissement s’organise sont des facteurs de première importance dans l’accroissement de la performance de l’enseignement, performance tant recherchée actuellement. La décentralisation dans les systèmes d’éducation, où un rapprochement entre l’action et la décision est recherché au niveau de l’établissement, s’inscrit dans cette reconnaissance. Au-delà d’une autonomie administrative, c’est le développement de la capacité organisationnelle d’adaptation à la réalité et aux besoins des élèves qui peut être source de performance.   Dans l’établissement où s’opère l’enseignement-apprentissage, les pratiques de direction apparaissent comme une des clés de la réussite des élèves, et ce, même si cet apport est reconnu comme étant indirect. Ces pratiques se rapportent non seulement à la gestion des opérations, mais aussi au pilotage de l’établissement dans son ensemble.

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L’influence des pratiques de direction sur la réussite des élèves varie selon leur nature. Selon plusieurs recherches, lorsque les pratiques de direction mettent l’accent sur la mission de l’école et sur des objectifs formulés en termes d’apprentissage des élèves, leur influence sur la réussite de ces derniers, tout en demeurant indirecte, est plus marquée (Wilziers, Bosker et Kruger, 2003. Hallinger et Keck, 1998). La direction d’école exerce cette influence indirecte de deux façons :
  • en créant les conditions nécessaires, propices et favorables à l’enseignement-apprentissage dans lesquelles les intervenantes et intervenants éducatifs exercent leur fonction au regard des apprentissages des élèves visés et des apprentissages obtenus,
  • en assurant le développement professionnel continu des intervenantes et intervenants éducatifs au regard de l’amélioration de leur pratique.

Dans ce pilotage, la création de conditions optimales pour les pratiques d’enseignement-apprentissage et l’organisation scolaire sont liées, car l’organisation scolaire dans son ensemble, de l’aménagement des horaires à la configuration des groupes, est porteuse de leviers permettant la création de conditions gagnantes pour les pratiques d’enseignement-apprentissage.

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Nous concevons que la pratique de gestion d’une direction d’école porte sur quatre domaines de gestion des opérations (représentés dans la figure ci-dessous) par lesquels les intrants de l’établissement sont transformés.

Les domaines de gestion des opérations d’un établissement d’enseignement

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Aux pratiques de gestion des opérations d’un établissement s’ajoutent, pour leur direction, des pratiques de pilotage de ces opérations dans ce que nous convenons d’appeler le système de pilotage (Le Moigne, 1984). Ainsi, est traduite l’idée que dans une pratique de direction d’un établissement, au-delà de la gestion de ses opérations prennent place des interventions de pilotage afin que ces opérations se lient les unes aux autres de façon optimale. À ce titre, nous représentons le pilotage par la figure suivante.

Le pilotage des opérations de l’établissement

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Pilotage est affaire de régulation des actions

Le terme « pilotage » fait référence métaphoriquement à l’action de diriger un navire ou un avion afin de mener les passagers et l’équipage à destination, et ce, selon une performance attendue en termes, bien sûr, de l’atteinte de la destination, mais aussi de la durée du voyage et de l’utilisation des ressources imparties. Si le pilotage est question de destination et de performance, il est surtout question de régulation où le pilote ramène continuellement le bateau ou l’avion sur une trajectoire appropriée en fonction des aléas rencontrés et de la qualité des opérations réalisées qu’il cherche à optimiser. Nous complétons notre représentation du pilotage d’un établissement d’enseignement en y illustrant sa destination soit les résultats d’apprentissage et d’éducation des élèves.

Le pilotage de l’établissement en fonction de ses résultats

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La régulation

Dans le sens où le terme « régulation » a été employé jusqu’ici et où il le sera dans le reste de cet ouvrage, il s’entend au sein de systèmes humains engagés dans des projets d’actions collectives, accompagnés de mécanismes ad hoc. Il est étroitement lié à la gouvernance pratiquée. La régulation est une partie intégrante essentielle et caractéristique des systèmes et de leurs entités. En cybernétique, la régulation vise à établir des équilibres, à procéder à des réajustements par rapport à des normes ou à des objectifs sur la base des informations obtenues par des mesures, par le biais de capteurs et d’indicateurs. (Bouvier, 2007, p. 186)

Une succession d’opérations visant à fixer un but et à orienter l’action vers celui-ci, contrôler la progression de l’action vers le but, assurer un retour sur l’action (un feed-back, une rétroaction), confirmer ou réorienter la trajectoire de l’action, et/ou redéfinir le but ». (Allal, 2007, p. 8)

Destination, performance, régulation et qualité sont autant de notions à évoquer pour traiter du pilotage d’un établissement d’enseignement. Ces notions se rapportent à ce qui est convenu d’appeler l’efficacité de l’enseignement (Demeuse, Baye, 2001). Plus spécifiquement, lorsqu’il est question de pilotage et d’efficacité, c’est la recherche d’un effet établissement qui est en cause (Dumay, Durpiez, 2009), un effet sur l’environnement éducatif et d’enseignement des élèves. Cet effet est reconnu indirect sur leurs apprentissages, car il se porte sur les pratiques d’éducation et enseignement des membres de son personnel qui, de façon directe, impactent les apprentissages des élèves (Pont, Deborak, Hunter, 2008).
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Nous abordons la notion d’efficacité de l’établissement en reprenant les travaux de (Payette, 1993) et de (Boyer, 2000) sur l’efficacité des organisations et de leurs gestionnaires. Nous la représentons à travers un schéma où l’efficacité correspond, à la suite des actions accomplies, à l’atteinte, dans les résultats obtenus, de résultats projetés; ces résultats projetés correspondant aux intentions à l’origine des actions et étant établis en fonction de la situation sur laquelle les actrices et les acteurs veulent agir.

L’efficacité de l’action

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En ce qui concerne la recherche de l’efficacité de l’action, les interventions de pilotage font appel à quatre phases propres à la régulation (Demeuse et Baye, 2001) :

  • Une prise d’information sur les résultats et le fonctionnement du système;
  • Un diagnostic, par l’évaluation, repérant les écarts et les rapprochements entre les intentions (résultats projetés, les finalités) et la réalité des opérations et des résultats obtenus;
  • Une détermination des actions à maintenir, à amplifier et à implanter (l’exercice de faire des choix, une prise de décision par une intelligence organisationnelle);
  • La mise en œuvre contrôlée des améliorations (mesures correctives, élargissement et implantation d’actions porteuses).

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Piloter consiste à recueillir un ensemble d’informations pertinentes, les confronter à un ensemble de critères et prendre les décisions qui s’imposent et qui conditionnent la gestion des opérations dans le présent, selon l’histoire passée et en fonction du futur souhaité.(De Ketele et Gérard, 2007)

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L’intervention de pilotage dans l’établissement

Retenons que le pilotage se rapporte aux interventions des directions dans la dynamique organisationnelle de l’établissement cherchant à optimiser son efficacité, soit une correspondance entre :

  • Les analyses de situation,
  • Les intentions concernant les résultats recherchés,
  • Les actions menées,
  • Les résultats obtenus.